DARVO : quand celui qui blesse se pose en victime

Publie le 20/10/2026 par Juliette Roy

Juliette Roy
Eveil & Conscience

Vous reprochez à quelqu’un un comportement blessant, et quelques minutes plus tard, c’est vous qui présentez des excuses. Ce retournement a un nom : DARVO. La psychologue américaine Jennifer Freyd l’a décrit en 1997, pour désigner la réaction de certaines personnes quand on les met face à ce qu’elles ont fait. Voici comment il fonctionne, ce que la recherche en dit, et comment y répondre.

Trois temps : nier, attaquer, inverser

DARVO est l’acronyme anglais de Deny, Attack, Reverse Victim and Offender : nier, attaquer, et inverser les rôles de la victime et de l’agresseur.

  1. Nier. « Je n’ai jamais dit ça. » « Tu inventes. » Le fait lui-même est contesté.
  2. Attaquer. La critique se déplace sur vous : votre mémoire, votre stabilité, vos intentions. « Tu es toujours en train de chercher la petite bête. »
  3. Inverser. La personne mise en cause devient la blessée. « Tu ne te rends pas compte du mal que tu me fais avec tes accusations. »

Les trois temps s’enchaînent souvent en une seule réponse. À la fin de l’échange, la question de départ a disparu, et la discussion porte sur votre comportement. Vous repartez en vous demandant si vous n’avez pas exagéré, alors que vous étiez venu parler d’un fait précis.

Jennifer Freyd a d’abord décrit cette réaction chez des auteurs de violences sexuelles mis en cause. Elle se retrouve bien au-delà : dans les couples, les familles, les équipes de travail, et même dans la réponse de certaines institutions à une plainte.

Des exemples dans la vie courante

Ce que la recherche en dit

Le travail de l’équipe de Jennifer Freyd, à l’université de l’Oregon, a apporté plusieurs résultats :

Ce dernier point compte : connaître le mécanisme réduit son effet, sur vous comme sur l’entourage.

DARVO n’est pas le triangle de Karpman

Les deux notions parlent de victime, mais elles ne décrivent pas la même chose.

Le distinguer d’une défense honnête

Une personne accusée à tort nie aussi, et elle a raison de le faire. La différence ne se trouve pas dans le déni, mais dans la suite. Une défense honnête répond au fait, apporte des éléments, et reste sur le sujet. DARVO quitte le sujet, s’en prend à vous, et finit par réclamer réparation. Si vous en sortez à chaque fois en doutant de votre mémoire, l’article sur le gaslighting décrit ce doute fabriqué.

Comment y répondre

Quand c’est grave

DARVO accompagne souvent des violences psychologiques ou physiques, parce qu’il réduit la victime au silence par la culpabilité. Si les faits relèvent de la loi, l’article sur les violences psychologiques dans le couple détaille les recours. En cas de danger immédiat, appelez le 17. Le 3919 écoute et oriente les victimes de violences, de façon anonyme et gratuite.

La page de Jennifer Freyd consacrée à DARVO recense les études publiées sur le sujet.